Ma grand-mère s’éteint

Elle a 90 ans et quatre mois. Et elle va mourir : elle le sait, elle attend. Impatiente.

Elle attend depuis longtemps déjà, Léa. Quel joli prénom. Quatre-vingt-dix ans et quatre mois, c’est beaucoup, et si peu à la fois. La chanteuse Lhasa, 37 ans, vient de mourir à son domicile, et ma grand-mère, 90 ans en fait autant, chez elle. Contre vents et marées. Elle a fait promettre à son fils de ne pas l’envoyer à l’hôpital, comme on envoie un un objet encombrant. Elle s’en ira donc elle, depuis chez elle, exactement. Puisque c’est promis, malgré ce souffle qui la quitte, malgré la difficulté à manger, à se laver ou simplement à ouvrir les yeux.
Elle a du mal à parler. J’irais la voir encore ce mercredi. Avec mes filles. Il faut qu’elles voient cela. La mort qui arrive. Qu’elles sachent, qu’elles apprennent. Ainsi va notre vie. On s’avance tout droit sur le tapis de la caisse, prêt à disparaître.

« Mamie », je ne t’aime plus autant que cela. Je t’ai tellement aimé, enfant. Et puis aujourd’hui, je te trouve si dure. Tellement dure et autoritaire. Comme moi. Je nous hais, au fond. Tous les deux. Tout pareil.

Puisqu’il le faut, j’irais veiller sur toi. Je te tiendrais la main pendant que la mort te prend. Je suis préparé à cela depuis mes 6 ans. Je suis prêt. A mercredi. Si tu n’es pas morte d’ici là. Ma compagne et les enfants repartirons à Paris, et je resterais avec toi. Fidèle. Et j’attendrais la mort. Je la regarderais dans les yeux sans faiblir. Entends moi, je m’y engage.

« M » Le maudit.

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